Le couple et la pornographie
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L’andropause ? Ça n’existe pas !
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Les aveux d’échec de la vie privée se sont détournés depuis plus d’un siècle de la tutelle religieuse et folklorique qui les chaperonnait autrefois pour se placer sous les auspices du savoir médical et fonder un logos des faits sexuels, une sexologie. Les réponses savantes à ces nouveaux chapitres de santé publique répondent-elles à l’attente des personnes en demande d’assistance et de conseils ? Ce n’est pas certain. La volonté de guérir précède trop souvent l’intention de comprendre et de dialoguer, s’agissant notamment de personnes ayant par ailleurs d’autres pathologies à surmonter. Ces difficultés, ces réticences, qu’éprouvent les professionnels de santé à conjuguer le suivi médical « ordinaire » avec la prise charge de revendications d’ordre érotique sont décuplées lorsque ces deux ensembles de plaintes se croisent sur le terrain de la « transmission », de la contagion liée à l’activité sexuelle elle-même. Il sera donc utile, dans un premier temps, de rappeler dans quel cadre nosographique la question des « dysfonctions sexuelles » associées à la séropositivité peut et doit être entendue. De deux choses l’une, ou bien le fiasco allégué n’est qu’un avatar de la maladie et à ce titre n’a nulle raison d’être détaché d’elle, ou bien il s’installe et progresse pour son propre compte, constituant dès lors un nouveau chapitre de clinique sexologique.
Le second volet de réflexion concerne la question cruciale de la norme, tant déjà du point de vue physique que subjectif : à chacun son échelle de valeur, ses références, sa vision du plaisir. Mais nul n’ignore que le corps biologique impose au bonheur ses lois et ses contraintes, soumettant l’individu au régime d’une insatisfaction récurrente : la biologie de l’amour est avant tout une physiologie de l’inachevé... Comme si ces astreintes naturelles ne suffisaient pas à entraver les aspirations de chacun, les représentations sociales qui les objectivent complètent le tableau : la liberté sexuelle n’est qu’une vue de l’esprit. Ici, face au VIH, se place une controverse qui alimente la polémique : de quelle idéologie le professionnel est-il le partisan ? De quelle norme politiquement correcte est-il le défenseur… Certes, donner la parole aux personnes atteintes est un but en soi déjà louable, mais est-ce ensuite irréprochable, indemne de distorsions inspirées par la collectivité ? Les slogans mis à jour récemment –et spécifiquement celui de santé sexuelle- ne sont pas en mesure d’atténuer la force dissuasive des tabous qui ornent la question sexuelle de nos sociétés. La pulsion orgastique y occupe une place de premier ordre, « objet maudit » du corps social parce qu’elle résiste au discours normatif…

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